mardi 3 décembre 2013

Annick Cojean, Les Proies


ANNICK COJEAN
LES PROIES

Dans le Harem de Khadafi


Aux éditions Grasset, 2012


C'est sans doute le dernier secret de Khadafi. Et le plus scandaleux. En novembre 2011, Annick Cojean publiait dans Le Monde un article terrifiant. Une jeune femme y racontait comment l'année de ses 15 ans, le Guide libyen la repérait dans son école, lui caressait les cheveux, et la désignait ainsi à ses gardes comme son esclave sexuelle à vie. 


Violée, battue, forcée par son maître à consommer avec lui alcool et cocaïne, et intégrée dans les troupes des «Amazones», elle ne pourra s'échapper de cet enfer que peu avant la Révolution. Une vie brisée.
Une seule ? Non, des centaines, sans doute plus. Mais le sujet, en Libye, reste totalement tabou. Dans les coulisses d'une dictature, dans le lit d'un chef d'Etat drogué en permanence, tyran d'opérette mais vrai meurtrier, nous plongeons dans un système d'esclavagisme, entre corruption, terreur, viols, crimes. 
Un système aux complicités multiples, bien au-delà du seul territoire libyen. Pour recueillir l'incroyable histoire de la jeune Soraya et d'autres femmes révoltées, Annick Cojean a mené secrètement l'enquête à Tripoli, cette prison à ciel ouvert.

Mon avis : Ce livre est un trésor. Un trésor pour son témoignage grave et préoccupant et parce qu’il a été écrit avec justesse et intelligence. Il est composé de deux parties.


La première nous révèle le supplice d’une jeune femme Libyenne appelée Soraya.  Dès les premières lignes on s’attache à elle sans réserve. Sa descente aux enfers commence lorsqu’elle est enlevée très jeune à sa famille par le Guide « Khadafi ». Elle était destinée à une vie heureuse et pourtant elle sera souillée et traitée comme une esclave par l’homme qui prône au même moment, dans ses discours politique, la liberté et le respect de la femme en Libye. De la poudre aux yeux que ces jeunes filles, qu’il repère et enlève, vont payer très cher et pour qui personne n’aura n'y égard n'y pitié. Entouré par sa célèbre colonie militaire féminine, appelée « les amazones » par les médias, Khadafi « promène » en réalité ses esclaves sous les yeux des plus grands dirigeants du monde. Mais personne ne dit rien, personne ne fait rien. Soraya nous raconte son quotidien malsain et terrifiant.

La seconde partie relate l’enquête d’Annick Cojean, qui s’est avérée périlleuse dans une Libye en proie au mutisme. A travers cette enquête on plonge dans l’environnement dans lequel a évolué Soraya et on découvre les coulisses d’une dictature sans limite.


Annick Cojean, journaliste d’investigation, s'est armée de courage pour entendre, vivre et requérir ce témoignage authentique, bouleversant et débordant de souffrance. Mais également d’audace et de témérité pour aborder un sujet qui dérange et que tout le monde tait. Un livre émouvant où l’on est amené à s’interroger et regarder un peu mieux le monde qui nous entoure.



à lire absolument !


« Coupables d'avoir été victimes »