lundi 10 février 2014

HHhH de Laurent Binet

HHhH
Laurent Binet

Aux éditions Le livre de poche, Mai 2011
Prague, 1942, opération « Anthropoïde » : deux parachutistes tchèques sont chargés par Londres d'assassiner Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale, le « bourreau de Prague ». Heydrich, le bras droit d'Himmler. Chez les SS, on dit de lui : « HHhH ». Himmlers Hirn heiβt Heydrich – le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Dans ce livre, les faits relatés comme les personnages sont authentiques. Pourtant, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, cependant, mener l'histoire à son terme…

Mon avis : Dans son premier livre HHhH, Laurent Binet nous parle de l’opération « Anthropoïde » dans laquelle il est question de l’assassinat d’un des personnages les plus influents du système nazi pendant la seconde guerre mondiale, un homme cruel et dérangé, Reinhard Heydrich. Bien entendu tout le livre ne parle pas de cette opération car Laurent Binet prend son temps. Il remet en place le contexte de l’époque ainsi que les faits historiques qui ont précédé l’attentat contre Heydrich et apporte des précisions sur les évènements qui ont touché la Tchécoslovaquie durant la période 1939 – 42.

Malgré toute l’horreur que représente cette époque, il y’a une dimension presque comique due au procédé d’énonciation des faits par l’auteur.

« La voix d’Heydrich est la dernière voix humaine qu’il entendra avant de mourir. Enfin humaine, façon de parler… »

Ce style d’écriture, cette façon d’articuler les idées et de raconter l’histoire réelle ou fictive, donne à son texte une originalité singulière qui le rend très plaisant et facile à lire. L’originalité d’écriture vient aussi du fait que l’auteur n’hésite pas à revenir sur des affirmations énoncées un peu plus tôt dans le récit. L’écrivain livre un combat intérieur permanent pour la véracité des faits.  C’est une méthode qui force la réflexion du lecteur.

Je repense aussi à un passage qui m’a beaucoup fait rire quand l’écrivain annonce « (qu’il n’a) jamais commis d’assassinat, mais (il) suppose que les conditions idéales n’existaient pas (…) ». L’humour noir dans un récit historique est rare, j’ai beaucoup apprécié ce genre.

Laurent Binet nous démontre comme il est facile de manipuler l’Histoire. Il annonce clairement la part de vrai et celle romancée. Je suis ravie d’avoir découvert la plume de cet auteur et d’en savoir un peu plus du décideur féroce, amer, intolérable mais emblématique du III ème Reich qu’était Reinhard Heydrich. L’Histoire est violente et cette histoire est passionnante.
Les passionnés d’histoire ou simplement les curieux seront enchantés par ce récit historique vivant et puissant. De plus il m’a largement donné envie de visiter Pragues et ses alentours. 
Un véritable coup de cœur !

« Mais il faut bien reconnaître que, d’un point de vue littéraire, Heydrich est un beau personnage. C’est comme si le docteur Frankenstein romancier avait accouché d’une créature terrifiante à partir des plus grands monstres de la littérature. Sauf qu’Heydrich n’est pas un monstre de papier. » 


5 / 5